Le cheminement d’un homme de métier, reçu Compagnon Passant Maçon du Devoir : le parcours du C/ Guinoiseau
- LesGamattesAdmin
- 26 déc. 2025
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Jean, tu es né à Château-Gontier (Mayenne) le 9 mars 1935.
Tu entres en apprentissage le 5 septembre 1949, soit à 14 ans et six mois, dans l’entreprise DOSSO Frères, avec un contrat de trois ans en maçonnerie.
Ta première expérience au contact des hommes, endurcis par le métier, n’est pas toujours facile à vivre pour un tout jeune homme de 15 ans.
Tu passes ton CAP à Laval en 1952, en ayant suivi les cours du CCCA de la Chambre des Métiers. Une première étape dans le métier, un premier échelon.
Au printemps de 1954, tu quittes ta ville natale pour venir travailler à Angers. Tu veux voir ailleurs pour te perfectionner dans ton métier.
Tu es embauché dans l’entreprise BROCHARD et GAUDICHET comme maçon-cimentier. Nous sommes dans une période faste pour la construction.
Mais tu deviens indépendant, autonome ; tu prends une chambre en location et tes repas dans un restaurant. Ton budget est serré.
En septembre 1954, ta première rencontre avec les Compagnons du Devoir a lieu, en la personne du Compagnon maçon André Delibes, jeune Prévôt à Angers. Tu t’inscris aux cours du soir qui sont transmis par un Aspirant maçon, Pierre Paitraut, un personnage haut en couleur.
Tu passes l’hiver 1954-1955 dans cette grande entreprise de maçonnerie et béton armé, où tu acquiers une nouvelle expérience.
Au mois de mars 1955, le Compagnon André Delibes te propose de partir sur le Tour de France. Tu acceptes et tu resteras jusqu’à fin avril 1955 à Angers, mais chez les Compagnons du Devoir.
Au 1er mai 1955, tu quittes cette belle ville d’Angers en vélo pour rejoindre la ville de Nantes, pour travailler sur la Maison des Compagnons du Devoir qui est en cours de construction, 48 quai Malakoff. Le chantier est dirigé par le Compagnon Michel Laurenceau, le premier Compagnon Passant Maçon du Devoir.
Tu vas travailler quatre mois à Nantes, soit jusqu’à fin août.
Début septembre 1955, tu es envoyé à Tours pour travailler sur la Maison des Compagnons du Devoir avec le Compagnon Pierre Jourdain (tailleur de pierre), mais pour trois mois.
En effet, tu reçois ta feuille de route pour effectuer ton service militaire, 18 mois en principe, mais la guerre d’Algérie va prolonger ton service armé jusqu’en février 1958. Une période difficile à vivre pour beaucoup de jeunes du contingent à cette époque.
Te voici de retour à la vie civile. Tu reviens sur le Tour de France au cours du mois de février 1958. Tu vas à Reims, une nouvelle Prévôté créée en 1957. Tu es embauché dans l’entreprise Blondet, une entreprise sérieuse où l’on fait du beau travail. Tu retrouves le Compagnon Michel Laurenceau qui travaille « au Foyer Rémois » et tu fais la connaissance d’un Aspirant maçon venant de Lyon, Michel Huppenoire.
Tu es adopté le 27 avril 1958 à Strasbourg. À cette époque, il n’y avait pas d’adoption à Reims.
Une anecdote : c’est le Compagnon couvreur Francis Garnier qui te conduit de Reims à Strasbourg en moto, sous la pluie et le froid. Tu en as gardé un mauvais souvenir de ce voyage ; tu ne feras plus jamais de moto de ta vie.
Au mois de mai 1958, tu quittes Reims pour aller à Lyon, où tu vas travailler sur la Maison des Compagnons du Devoir qui est en cours de rénovation, « Aux Trois Fondateurs », sise au 9 rue Nérard. Tu es accueilli par Notre Mère Duguet et le Prévôt Élie Ravaillaut. Tu vas rencontrer des Compagnons sédentaires qui ont marqué le Compagnonnage du Devoir : Despierre, Duguet, Dulaud, des hommes de métier qui ont une grande foi dans le Compagnonnage et qui sauront transmettre aux jeunes itinérants l’esprit du Compagnonnage du Devoir.
Tu vas rester à Lyon jusqu’au printemps 1959. Tu garderas un bon souvenir de cette étape de ton Tour de France.
Au mois de mai 1959, te voici de retour à Angers pour l’été. Nous nous retrouvons sur le chantier des Compagnons, où nous construisons le deuxième bâtiment pour les salles de cours. Une anecdote : un jour, tu conduisais la petite grue pour monter une grosse pierre de taille ; en tournant la flèche avec un volant, l’ensemble chavira. La grue est pliée en deux. Pas de blessé, c’est l’essentiel. La pierre était trop lourde pour la grue.
Au mois de septembre 1959, tu prends la direction de Marseille pour une nouvelle étape de ton Tour de France. Tu vas réaliser des travaux de maçonnerie en pierre de La Ciotat chez un artisan et la rénovation d’un mas à Aubagne.
La Provence est belle.
Aussi, avec les Coteries, tu visites : le pont du Gard, Saint-Gilles et son abbatiale romane, la vis Saint-Gilles, le tunnel du Rove et, en février 1960, le carnaval de Nice ; tout ceci fait partie du Tour de France sur un plan culturel.
Ton séjour à Marseille se termine en avril 1960.
Une nouvelle étape : Paris, où tu arrives au mois de mai 1960. Tu vas rester quatre mois comme itinérant et tu décides de mettre un terme à ton Tour de France.
Tu es devenu sédentaire à Paris. Tu as fondé une famille avec ton épouse Denise. Vous aurez la joie de la venue, dans votre foyer, de deux enfants : Mireille et Alain.
Nous sommes en 1961, à l’Ascension. Les Compagnons Passants Maçons du Devoir de la Cayenne de Paris te recevront « Compagnon », sous le nom de « La Franchise de Château-Gontier ». Une cérémonie qui est présidée par le Compagnon Jean Bernard, « La Fidélité d’Argenteuil ». Tu prends l’engagement de servir fidèlement le Compagnonnage du Devoir et ta corporation des Compagnons Passants Maçons du Devoir.
Tu commences ainsi ta carrière professionnelle à Paris, début mai 1960, dans l’entreprise parisienne Lelaquais, où tu resteras deux ans.
Au mois d’août 1962, tu rentres comme chef d’équipe dans l’entreprise Dumont-Besson. Tu y feras toute ta carrière en gravissant les échelons. Tu deviens chef de chantier en 1964.
Tu diriges des chantiers de grande ampleur à Paris et en banlieue. Ton expérience dans le métier et les contacts humains auxquels tu es sensible te permettent de diriger des équipes d’hommes avec beaucoup de discernement.
Tu deviens conducteur de travaux en 1970, une suite logique pour un Compagnon Maçon du Devoir, dont tu fais honneur à ton métier de bâtisseur et au Compagnonnage du Devoir, mais avec des responsabilités plus importantes, surtout au niveau de la gestion des chantiers.
En 1977, le groupe SAE, avec sa filiale la SOPAC, reprend l’entreprise Dumont-Besson, mais ta carrière ne sera pas modifiée par ce changement.
En parallèle à ta carrière professionnelle, suivant ton engagement pris lors de ta réception de Compagnon à l’Ascension 1961, tu restes fidèle au Compagnonnage et à ta corporation des C.P.M.D.D. Tu embauches des jeunes maçons du Tour de France sur tes chantiers. Tu vas leur permettre de gravir à leur tour les échelons dans le métier : c’est la transmission du savoir et du savoir-faire.
En 1974, tu deviens le Maître de Cayenne de Paris. Tu remplaces le Compagnon Michel Laurenceau. Tu vas remplir cette mission avec beaucoup de fidélité et de maîtrise auprès des Compagnons et des Aspirants jusqu’en 1982, où le Compagnon Paul Maillet te remplacera.
Notre corporation est jeune dans le Compagnonnage. Nous avons beaucoup de travail à faire. Tu es dans la commission des rites pour la mise au point de notre réception de Compagnon et des règles corporatives. Ce travail nécessite de nombreuses réunions à Paris et en province, le soir, les samedis, voire le dimanche matin.
Tu vas participer de façon active dans l’équipe intercorporative sur l’étude de la Grande Règle et de la reconnaissance du Compagnon fini. Une autre mission : celle de préparer les postulants à la réception des jeunes maçons, sous la forme de séminaires avec d’autres Compagnons. Cette préparation est importante ; elle se place sur le plan de l’Esprit de notre Grande Règle. Tu seras très engagé dans cette mission.
Dans les années 90, tu vas collaborer à l’encyclopédie de la Maçonnerie et de la Taille de Pierre, avec ton expérience acquise sur le plan du métier, de l’entreprise et des hommes. Elle sera précieuse pour cette œuvre dont l’initiative revient au Compagnon Jean Bernard.
Tu es resté fidèle à ton engagement de Compagnon. Oh, bien sûr, quelquefois au détriment de la vie de famille, mais cela était pour la bonne cause : servir son prochain.
Tu vas terminer ta carrière, à dater de 1992 jusqu’à ton départ en retraite en mars 1995, avec une nouvelle mission dans ta carrière professionnelle : celle de gérer les dossiers de responsabilités biennales et décennales. Une autre activité, un autre monde à côtoyer sur un plan juridique, avec des avocats, les maîtres d’œuvre que tu connais et des maîtres d’ouvrage très variés. Une autre expérience de la vie.




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